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Littérature et philosophie avaient pour lui une finalité commune, exposer
la réponse à cette question qui a décidé dès sa jeunesse de son
engagement intellectuel : «Je voulais savoir qui j'étais.» Sa conception
de l'individu, enraciné à son insu dans l'absolu et «tâtonnant dans la
nuit intérieure de sa subjectivité concrète», se prêtait au déploiement
d'un imaginaire. Si depuis toujours la littérature décrit la condition des
êtres et leur destin, il entendait en dévoiler l'arrière-plan, exploitant l'incertitude
dans laquelle ils évoluent : la vie est incapable de se mettre à
distance d'elle-même dans sa naïveté, même quand sa force se libère de
sa passivité première. «Les êtres humains, disait-il, sont des nageurs
lâchés dans un océan, et supportés par lui, par ses vagues. Et c'est cela la
vie : c'est une vague qui se sent elle-même.» Le véritable protagoniste de
ses histoires principielles n'est donc autre que la vie, ce qui est plus vaste
que nous-même, tout en étant nous-même.
L'ordre chronologique dans lequel sont présentés ces récits est destiné à
faire valoir ce qu'il qualifiait «la tension terrible de la vie» : Le Jeune
Officier (1954) traite de la découverte paradoxale de soi ; L'Amour, les
yeux fermés (prix Renaudot 1976) expose le rapport dramatique de
l'individu et de la communauté ; Le Fils du Roi (1981) met en scène le
paradoxe de l'existence. Une préface donne des indications, recueillies
dans des entretiens ou des manuscrits de Michel Henry, sur leur composition.
A. H.