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«Que dit le lys ? la rose ? la tulipe ? le lilas ? le mimosa ? l'oeillet ? Ou bien, plus à l'Est,
le lotus ? Quels drames, quels secrets, quels parfums ? Quel sang, dans l'ombre ?»
On se propose, à partir d'un artiste et d'un botaniste trop peu connu,
Gérard Van Spaendonck (1746-1822), de découvrir le continent
des fleurs tel qu'il est apparu au dix-huitième siècle. Les fleurs
étaient là de tout temps, bien entendu, mais leur mise en
lumière encyclopédique, leurs noms, leur dessin, surgissent alors
sur soie et sur vélin, avec une précision et une délicatesse inouïes.
Spaendonck, au Jardin des Plantes de Paris, a eu des élèves, dont le
célèbre Pierre-Joseph Redouté. Ces hommes ont vu s'ouvrir à la fois
la nature florale et sa représentation. Ils en ont vécu l'éclosion et le
geste qui la prolonge. Leur prodigieux et silencieux travail a traversé
la Révolution et la Terreur. Il vient maintenant vers nous comme un
signe renouvelé de beauté, de vivacité, de diversité, de fraîcheur. Voici la
langue des fleurs.
Il s'ensuit une libre improvisation à travers la poésie, la
littérature, la peinture (sans oublier la métaphysique et la théologie),
où ce langage se montre dans toutes ses dimensions symboliques,
amoureuses, érotiques. L'auteur de ce petit livre suit sa rêverie et son
inspiration du moment. Il revisite Dante, Ronsard, Shakespeare,
Rousseau, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Proust, Colette,
Ponge ou Genet.
«La rose est sans pourquoi», dit Angélus Silesius. Nous vivons
désormais sous la dictature du pourquoi et de sa dévastation
quotidienne planétaire. Mais les fleurs, par-delà le Bien et le
Mal, persistent malgré le bruit, l'oubli, la fureur, les cendres. Un
bouquet, ici les rassemble : les fleurs sont des mots, les mots sont
des fleurs.
Philippe Sollers