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Beaumarchais se prit pour Mme de Godeville d?un violent caprice ; ce mot convient mieux que tout autre à cette « liaison de plaisir », comme il la qualifie lui-même, entre un libertin et une femme galante. Sans doute aurions-nous à tout jamais ignoré cette aventure, s?il n?en subsistait une correspondance retrouvée en 1928. Miraculeuse découverte ! Non point tant pour ce qu?elle apporte à la biographie de notre héros, dont la réputation de séducteur n?est plus à faire, que pour la littérature érotique, à laquelle elle offre l?un de ses plus précieux fleurons. À la lecture de ces lettres, on se prend à regretter qu?un homme si porté aux plaisirs de la chair n?ait jamais sacrifié à ce genre, l?un des plus en faveur de son temps. Étrange pudeur, en vérité, pour quelqu?un dont l?audace n?a jamais été la moindre des vertus. À moins que le stupide dix-neuvième siècle n?ait volontairement détruit des écrits jugés préjudiciables à sa mémoire, oubliant dans sa hâte quelques feuillets, providentiellement arrachés aux flammes ou à la voirie. Quoiqu?il en soit, les Lettres à Mme de Godeville, au nombre d?une centaine et s?étalant sur deux années, du 24 février 1777 au 21 février 1779, égrènent sous nos yeux les imaginations les plus délicates en même temps que les plus vraies, les plus abandonnées, les moins gourmées que le libertinage ait jamais inspirées à la littérature épistolaire. « Tu ne sais faire l?amour que sur un lit, écrit Beaumarchais à sa maîtresse. Il est quelquefois charmant sur une feuille de papier. »
Sa prose amoureuse nous en fournit une preuve magistrale.
L?un des plus précieux fleurons de la littérature érotique.