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«Élève-toi, mon éloquence, j'aperçois Platon qui s'élève au-dessus de
l'homme ! C'est sur sa bouche que les abeilles ont fait leur miel, que les
rossignols ont chanté, que la déesse de la persuasion a élu son siège ...»
Le jésuite Nicolas Caussin témoigne ici pour nous de la mémoire du platonisme
qui est celle du XVIIe siècle : un portrait de Platon en philosophe
orateur s'y affirme, où la figure du Sage s'allie au prestige de l'écrivain
pour consacrer comme modèle rhétorique celui que Longin nomme
l'Homère des philosophes.
Après avoir chassé les poètes et fustigé les orateurs, le Platon des classiques
redevient le théoricien du Phèdre, de l'Ion et des Lois, l'instigateur
d'une philosophie éloquente et d'un lyrisme vertueux. Modèle de
pensée et d'écriture pour une rhétorique du philosophique d'abord
socratique, puis avec les intuitions d'un Claude Fleury, bientôt poétique,
le divin philosophe nous invite alors à réfléchir sur le difficile croisement
que l'humanisme classique tente d'opérer entre morale et éloquence
relevée.
Car ce retour d'un platonisme dans la philosophie de la rhétorique
s'est effectué au sein de milieux humanistes mondains puis dévots, et a
donné lieu à l'élaboration de formes extrêmement raffinées dans l'écriture
de la morale. À travers la leçon de Platon, l'éloquence du Sage
s'avère désormais séminale pour intégrer dans les belles-lettres une exigence
de spirituel et leur accorder ainsi un nouveau prestige.
C'est donc un tableau de la littérature morale à la manière de Platon
qui, de La Fontaine à La Bruyère et au Fénelon du Télémaque, se trouve
ici esquissé.