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Au-delà de ce que nous connaissons déjà très bien, la mode
japonisante de la fin du XIXe
, qu'en a-t-il été du Japon dans l'art
et la pensée en France tout au long du vingtième siècle ?
En essayant d'écouter ce que certains artistes et penseurs de l'art
(d'André Malraux à Roland Barthes ou Jacques Roubaud) ont
dit du Japon, en leur laissant la parole directement (de Michel
Deguy à Michaël Ferrier, Christian Doumet ou Philippe Forest),
on essaiera ici de répondre à cette question. Question qui nous
amène à appréhender le Japon lui-même et sa littérature.
Mais on verra également se dessiner au fil des réponses proposées
un deuxième enjeu, celui du rapport avec l'étranger, qu'il
soit relativement proche ou parfois tenant de l'extrême étranger.
Rapport qui suppose un effort de compréhension, mais qui
implique également sans cesse du malentendu et du contresens.
Car il y a, selon la formule de Proust reprise par Philippe
Forest, une «beauté du contresens», ce qui signifie qu'il faut
savoir accueillir l'incompréhension parfois comme ce qu'il y a
de plus riche dans le rapport à l'étranger, comme ce qui ouvre à
la chance de nouveaux parcours de pensée.
Et ce sont bien ceux-ci, dans leur complexité et leur inventivité,
dans leur caractère surprenant (ouvrant au malentendu),
qui se trouvent éclairés par les contributions réunies dans ce
volume. Comment se tourne-t-on vers l'étranger, et pour quel
résultat, c'est-à-dire pour quelle modification de son propre
regard ? L'enjeu est là, pour autant qu'énumérer des caractéristiques
d'un pays étranger ou d'une littérature étrangère est
infructueux sans une certaine manière de le faire, une manière
qui sache laisser la place à la possibilité du bouleversement.