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Il y a chez Jean Herold Paul quelque chose du délire ardu du Pseudo-Denys,
le divin théologien byzantin. On sent chez le jeune poète cette farouche volonté
de rendre pertinente chacune de ses affirmations, d'accomplir des prodiges
d'herméneutique. Il y a en lui ce goût très prononcé de la symétrie renversée. On
peut avec aisance appliquer à la poésie de cet eucharistique poète les propos de
Goethe : «Il y a une grande différence entre le poète qui cherche l'exemple particulier
à l'appui d'une vérité générale et celui qui aperçoit la vérité générale sous chaque
exemple particulier. Dans le premier cas on obtient l'allégorie, où le particulier ne
sert que d'exemple, que d'illustration à la vérité générale ; la seconde attitude est par
excellence celle de la poésie, elle exprime une vérité particulière sans qu'on pense à la
vérité générale ou qu'on y fasse allusion. Mais celui qui conçoit de façon vivante cette
vérité particulière conçoit par surcroît et après coup la vérité générale, sans même
s'en rendre compte.» Dante, Milton, Novalis, Hölderlin, Keats, pour ne citer que
ceux que j'aime le plus, sont la confirmation incarnée de ce texte du poète du génie
qu'est Goethe. Jean Herold Paul s'en approche, lui si jeune et si conscient de la cause
dont on provient et de la fin vers laquelle on tend. Comme tous les grands génies,
tels Dante, Leopardi, Hölderlin, Keats, Pouchkine, Lermontov, Radkov, il ne parle
que de la vraie vie ici et maintenant - de ces tremblements, hélas séculaires, qui
n'ont de cesse de ravager les Haïtiens dans leur «Île-morgue-cercueil-cimetière».
Athanase Vantchev de Thracy