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La question de l'eau se pose comme un enjeu vital dans la diagonale
des pays arides où se trouve être pris le Maghreb. Mais son caractère
impérieux est encore plus exacerbé dans les territoires sahariens marqués
par une aridité extrême. Ces derniers ont acquis récemment une
importance économique et stratégique centrale et ont connu, de ce fait,
un exceptionnel développement. Celui-ci implique une sollicitation tendue
sur des ressources en eau caractérisées principalement par la médiocrité
et la difficulté d'exploitation et, depuis peu, grâce à l'accès aux
nappes profondes fossiles, par des abondances sectorielles, probablement
éphémères et, en tout cas, mal maîtrisées.
Le Sahara est aussi un pays de vieille civilisation où les sociétés,
confrontées à une aridité extrême, ont tissé au cours des siècles des
rapports si étroits à l'eau que les paysages hydrauliques restituent tout
autant les territorialités que les sociétés qui les ont structurées et les
mutations qui les secouent actuellement toutes deux. Cette forte prégnance
justifie, comme se le propose cet ouvrage, de faire de la question
de l'eau un déchiffreur des espaces et des sociétés au Sahara ainsi
que des enjeux de développement qui s'y posent.
Les sociétés civiles sahariennes, délestées de leurs ancrages spatiaux
ancestraux et contraintes à l'innovation, reconstruisent une autre culture
de l'eau au travers de laquelle elles recomposent leur relation à l'espace
saharien. Dans une tension avec les impulsions volontaristes exogènes
et les bouleversements de leurs cadres socio-spatiaux, elles reconfigurent
autant les systèmes hydro-agricoles hérités que ceux nouvellement
greffés et interagissant ainsi, dessinent des territorialités autant contrastées
que mouvantes.