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Des lendemains de la première guerre mondiale à la veille de la
chute du Mur de Berlin, la trajectoire de Habib Bourguiba, né
en 1903, s'est confondue avec le «court XXe siècle». Tour à tour journaliste
militant, avocat, leader de parti et chef d'État, le fondateur de la
République tunisienne aura vécu pour la politique soixante années
durant, dont la moitié vouée à l'exercice du pouvoir. Déposé en 1987
par un coup d'État «constitutionnel», il s'est éteint en l'an 2000, dans
la solitude d'une semi-captivité.
Au-delà des particularités de la scène tunisienne, la figure de Bourguiba
est partie prenante des conflits et recompositions du «siècle des
extrêmes» : l'apogée des empires coloniaux et les mouvements d'indépendance
nationale, la montée des fascismes et leur liquidation à l'issue
de la seconde guerre mondiale, l'ordre mondial bipolaire de la
guerre froide et l'implosion de l'URSS, l'essor de l'État social et son
démantèlement sous la poussée des forces du marché, la sécularisation
des formes sociales et le renouveau des idiomes religieux...
La trace de Bourguiba, réformateur, décolonisateur et tuteur du développement
serait-elle dépourvue de prolongement au-delà du siècle
qu'elle a parcouru ? N'aurait-elle de signification et de portée qu'au
regard de la seule Tunisie ? N'aurait-elle laissé en héritage que l'autoritarisme
?
Plutôt que de faire oeuvre biographique, cet ouvrage rassemble des
contributions et des témoignages inédits. Il se propose d'analyser et
d'interpréter des moments et des sites du parcours de Bourguiba dont
les enjeux et la profondeur dépassent, souvent de loin, sa personne et
son action. Non point pour les besoins d'un quelconque procès en
canonisation ou, à l'opposé, en usurpation d'histoire. Mais tout
simplement parce que s'abstenir de poser les jalons d'une évocation
de la trace et de l'héritage de Bourguiba serait renoncer à la compréhension
d'un présent si pesant.